Rendre une vidéo accessible commence par des sous-titres synchronisés, fidèles et complets, qui restituent aussi les sons utiles à la compréhension. Pour une entreprise, cela se décide avant le tournage et se règle en postproduction. Ce guide explique la différence entre sous-titres de traduction et sous-titres pour sourds et malentendants (SME), ce que disent les référentiels (WCAG, RGAA, European Accessibility Act), ce que l’IA sait faire et ne sait pas faire, et comment organiser le travail.
TL;DR
- Les sous-titres ne sont pas un simple texte des dialogues : pour l’accessibilité, ils doivent aussi décrire les bruits, la musique et les locuteurs hors champ.
- Les WCAG 2.2 exigent des sous-titres synchronisés pour les vidéos pré-enregistrées avec son essentiel (niveau A) et pour le direct (niveau AA).
- Le sous-titrage automatique donne une bonne base de travail, mais une relecture humaine reste nécessaire pour le sens, la synchronisation et les éléments sonores.
- Le lecteur vidéo (interface) et le contenu (sous-titres) sont deux chantiers distincts : il faut les coordonner.
- Prévoir sous-titres, transcription et audiodescription dès la préparation du film coûte moins cher que de les ajouter après coup.
Table des matières
- Pourquoi les sous-titres sont la première brique de l’accessibilité vidéo
- Sous-titres standards ou sous-titres SME : la distinction qui change tout
- Ce que demandent les référentiels
- Les sous-titres ne suffisent pas toujours
- Peut-on confier les sous-titres à une IA ?
- Sous-titres incrustés ou fichiers séparés
- Intégrer l’accessibilité dès la production
- Quelques points de vigilance
- Notre point de vue chez Æterna Pictures
- Faire accompagner votre projet vidéo
- FAQ
- Sources
Pourquoi les sous-titres sont la première brique de l’accessibilité vidéo
Les sous-titres rendent accessible le son d’une vidéo à celles et ceux qui ne l’entendent pas. Le W3C les définit comme une version texte de la parole et des informations sonores non verbales nécessaires à la compréhension, synchronisée avec l’image. Le même document rappelle que l’usage dépasse largement le public sourd ou malentendant : transports bruyants, bibliothèques, open spaces, apprentissage d’une langue, lecture sans le son sur les réseaux.
Pour une entreprise, c’est un argument très concret. Une vidéo de communication interne vue dans un atelier, un film de marque employeur lancé automatiquement sur un fil LinkedIn ou un teaser de produit regardé dans le métro sont souvent consultés sans son. Sans sous-titres, le message n’arrive pas. L’accessibilité n’est donc pas qu’une contrainte de conformité : c’est aussi un gain de qualité pour tous les spectateurs, ce que souligne le W3C.
Si votre contenu est destiné aux équipes, la logique est la même que celle développée dans notre article sur la vidéo de communication interne : une vidéo qui n’est pas comprise par tous ne remplit pas son rôle.
Sous-titres standards ou sous-titres SME : la distinction qui change tout
C’est le piège le plus courant. Un sous-titre « standard » traduit ou retranscrit les paroles. Un sous-titre SME (pour sourds et malentendants) va plus loin : il indique qui parle, signale les bruits et la musique qui portent du sens, et suit des conventions de présentation précises.
| Critère | Sous-titres standards (traduction ou transcription) | Sous-titres SME |
|---|---|---|
| Public visé | Spectateurs qui entendent mais ne comprennent pas la langue | Personnes sourdes ou malentendantes |
| Contenu | Dialogues | Dialogues, bruits, musique, ton, identification du locuteur |
| Éléments sonores | Non | Oui, quand ils sont nécessaires au sens |
| Couleurs | Généralement une seule | Code couleur possible pour distinguer locuteurs et effets |
| Usage pour l’accessibilité | Insuffisant | Adapté |
Les recommandations techniques de la CST détaillent ces conventions pour le cinéma et l’audiovisuel, y compris la zone de sécurité d’affichage à respecter dans l’image. Pour le contenu des sous-titres, le Centre canadien d’accessibilité numérique propose une liste de contrôle utile, même si elle relève d’un cadre administratif canadien : identification des locuteurs si plusieurs personnes parlent, dialogues et narration, ton de la voix quand il compte (un chuchotement par exemple), sons importants comme une alarme.
Retenez une règle simple : si une scène dépend d’un bruit (une porte qui claque, une alarme, une musique qui change l’ambiance), le sous-titre accessible doit le dire.
Ce que demandent les référentiels
WCAG 2.2 : le socle international
Selon le critère sous-titres pour le contenu pré-enregistré des WCAG 2.2, les vidéos pré-enregistrées avec du contenu audio doivent avoir des sous-titres synchronisés. C’est une exigence de niveau A, le niveau de conformité minimal. Pour le direct, les sous-titres sont requis au niveau AA, ce qui concerne vos conférences retransmises et vos webinaires. Les sous-titres doivent inclure les éléments sonores nécessaires à la compréhension : effets sonores, musique, identification du locuteur.

Le texte complet des WCAG 2.2 est le document de référence. Pour planifier un projet, la page Planning Audio and Video Media du W3C fournit des listes de contrôle par niveau (A, AA, AAA), pour l’audio seul, la vidéo, le pré-enregistré et le direct.
RGAA : le cadre français pour les services publics
En France, le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) traduit ces exigences en critères testables. Sa thématique Multimédia contient, par exemple, un critère 4.3 qui demande si chaque média temporel synchronisé pré-enregistré a, si nécessaire, des sous-titres synchronisés. Vous trouverez la liste sur la page Critères et tests du RGAA. Le RGAA s’impose en premier lieu aux acteurs publics et à certains organismes, mais il sert de grille de lecture à de nombreuses entreprises qui travaillent avec eux : si vous répondez à un appel d’offres institutionnel, attendez-vous à ce qu’on vous la demande.
European Accessibility Act : l’interface et le lecteur
La directive européenne sur l’accessibilité (European Accessibility Act, EAA) est applicable depuis le 28 juin 2025, selon l’analyse du cabinet Taylor Wessing. Dans l’audiovisuel, elle vise les services numériques donnant accès à du contenu audiovisuel (sites, applications, lecteurs, guides de programmes). Les services de sous-titrage et d’audiodescription doivent être transmis en bonne qualité, synchronisés avec le son et l’image, et l’utilisateur doit pouvoir contrôler leur affichage.
Attention à la confusion fréquente. Comme l’explique Includio, l’EAA ne fixe pas de quotas de contenus sous-titrés : ces obligations relèvent de la directive sur les services de médias audiovisuels (directive 2018/1808), transposée par chaque État membre. Une plateforme peut donc avoir un lecteur conforme et pourtant diffuser des contenus qui ne respectent pas les obligations nationales. Si votre activité est de diffuser des programmes, faites vérifier votre situation précise auprès d’un juriste spécialisé ou de l’Arcom. Si vous êtes une entreprise qui publie des films sur son site ou ses réseaux, retenez surtout que le lecteur et le sous-titrage sont deux sujets distincts.

Les chaînes de télévision : la charte de l’Arcom
Pour la télévision, l’Arcom a publié une charte relative à la qualité du sous-titrage destiné aux personnes sourdes ou malentendantes. Elle repose sur des critères de qualité qui portent autant sur l’orthographe et la grammaire que sur le respect du sens du discours et de l’image. Même si votre film n’est pas destiné à l’antenne, c’est une excellente grille de relecture.
Les sous-titres ne suffisent pas toujours
Le W3C le précise : l’accessibilité d’un média temporel repose sur plusieurs éléments. La boîte à outils canadienne de l’accessibilité numérique en cite quatre : transcription, sous-titrage, description audio et accès au clavier.
- La transcription textuelle complète aide notamment les personnes sourdes et aveugles, qui lisent le contenu en braille ou avec un lecteur d’écran.
- L’audiodescription décrit les informations visuelles qui ne sont pas dites : une démonstration muette, un écran de logiciel, un texte qui défile.
- L’accès au clavier concerne le lecteur : lecture, pause, volume et activation des sous-titres doivent être utilisables sans souris.
Une vidéo d’entreprise très parlée (interview, témoignage) demandera surtout des sous-titres et une transcription. Un film de démonstration produit avec peu de commentaire demandera plutôt une audiodescription, ou une voix off qui dit ce qu’on voit. C’est une décision d’écriture, donc de préparation.
Peut-on confier les sous-titres à une IA ?
En partie. Des modèles de transcription comme Whisper, d’OpenAI, produisent aujourd’hui des textes proches d’une retranscription humaine et facilitent la création de fichiers de sous-titres. C’est un gain de temps réel sur la première version.
Mais le résultat brut ne suffit pas pour l’accessibilité, pour trois raisons :
- Le sens. Les noms propres, le vocabulaire métier, les acronymes de votre secteur et les mots mal prononcés sont souvent mal transcrits.
- La synchronisation avec l’image. Un sous-titre qui apparaît trop tôt ou trop tard, ou qui coupe la phrase au mauvais endroit, fatigue le spectateur. La charte de l’Arcom insiste sur le respect du sens du discours et de l’image.
- Les éléments sonores. L’IA retranscrit la parole. Elle n’ajoute pas toujours les bruits, la musique ni l’identification des locuteurs hors champ que demande le SME.
La méthode raisonnable est donc hybride : transcription automatique, puis relecture humaine complète, puis passage de contrôle sur le fichier final, lu avec le son coupé. Pour les plateformes, YouTube propose des sous-titres automatiques et leur traduction automatique. Utilisez-les comme point de départ, jamais comme version finale d’un film de marque.
Sous-titres incrustés ou fichiers séparés
La question se pose à chaque export.
| Option | Avantages | Limites |
|---|---|---|
| Sous-titres incrustés dans l’image (open captions) | Visibles partout, y compris sur les réseaux où la lecture se fait sans le son | Impossible de les désactiver ou de les traduire, texte figé dans la vidéo, non lisible par les technologies d’assistance |
| Fichier séparé (SRT, VTT) | Activables et désactivables, traduisibles, indexables, personnalisables par le lecteur | Dépend de la prise en charge par la plateforme ou le lecteur |
Pour l’accessibilité, la bonne pratique est de proposer un fichier séparé partout où c’est possible. Pour une diffusion sur des réseaux où la lecture muette domine, une version incrustée peut compléter l’offre. Dans tous les cas, respectez la zone de sécurité décrite par la CST pour que le texte ne soit pas coupé selon les écrans, et pensez au format : une version verticale ne place pas les sous-titres comme une version horizontale. Notre article sur le choix entre format vertical et horizontal détaille ce point côté production.
Côté technique, vérifiez aussi vos exports : les réglages décrits dans notre guide sur le format vidéo YouTube en entreprise et la compatibilité des codecs vidéo en entreprise influencent la façon dont les pistes de sous-titres sont lues ou perdues selon les plateformes.
Intégrer l’accessibilité dès la production
Les professionnels s’accordent sur un point : prévoir ces services dès la postproduction, ou mieux dès l’écriture, évite des coûts de remédiation élevés. Voici une méthode en six étapes.
- Définir les publics et les lieux de diffusion : site, intranet, réseaux, salon, appel d’offres public. Cela fixe le niveau d’exigence (A, AA) et les formats.
- Écrire en pensant au son et à l’image : phrases claires, informations importantes dites et montrées, éviter qu’un message ne passe que par un son ou que par un visuel.
- Soigner la prise de son au tournage : une voix propre rend la transcription, humaine ou automatique, bien plus fiable. Les bruits parasites compliquent ensuite le SME.
- Prévoir l’espace des sous-titres au cadrage et au montage : éviter d’y placer logos, titres et incrustations.
- Produire, relire, valider : transcription, mise en forme SME si nécessaire, relecture par une personne qui connaît le sujet, contrôle son coupé.
- Livrer plusieurs fichiers : vidéo, fichiers de sous-titres, transcription, et le cas échéant version audiodécrite.
Les événements en direct demandent une organisation propre, car le sous-titrage live relève du niveau AA. Pour ce type de projet, voyez nos conseils sur la diffusion en direct d’un événement et la captation hybride, où la partie technique et l’accessibilité doivent être pensées ensemble.
Qui s’occupe de quoi dans l’entreprise
Le retour d’expérience cité par Includio est clair : l’accessibilité de l’interface (lecteur, navigation) relève souvent des équipes web, celle du contenu (qualité des sous-titres) de la production et de la postproduction. Une mauvaise coordination entre ces deux équipes est une cause fréquente d’échec de mise en conformité. Désignez un responsable unique du sujet, qui reçoit le cahier des charges du site et celui du film.
Quelques points de vigilance
- La musique. Si elle est essentielle à l’ambiance, elle se signale dans les sous-titres SME. Et avant de publier, vérifiez les droits musicaux de votre vidéo : indiquer le titre d’un morceau dans un sous-titre ne remplace pas une autorisation.
- Les clips. Les paroles chantées peuvent être sous-titrées, avec une mise en forme distincte du dialogue. Voyez comment nous abordons le tournage d’un clip musical pour intégrer ce besoin à la préparation.
- La lisibilité. Contraste suffisant, deux lignes maximum, découpage selon le sens de la phrase, durée d’affichage qui laisse le temps de lire.
- La marque employeur. Un témoignage de collaborateur sous-titré touche aussi les candidats sourds ou malentendants : c’est un signal d’inclusion cohérent avec une vidéo de marque employeur.
Notre point de vue chez Æterna Pictures
Nous produisons des films corporate, des clips, des reportages et des documentaires, du brief à la postproduction. Dans ces projets, nous constatons que le sous-titrage est presque toujours traité en dernière minute : le film est monté, validé, puis quelqu’un demande les sous-titres pour la veille de la mise en ligne. C’est le pire moment, parce que le montage est figé, que les bruits et la musique ne peuvent plus être pensés, et que la relecture est bâclée.
Notre conviction est simple : l’accessibilité est une question de préparation, pas d’outil. Une voix bien enregistrée, un cadre qui laisse de la place au texte, un brief qui précise où le film sera diffusé, voilà ce qui fait un bon sous-titrage. L’IA accélère la première étape, mais elle ne remplace pas un regard humain qui se demande si le spectateur sourd comprend ce que le spectateur entendant comprend.
Nous recommandons donc d’inscrire l’accessibilité dans le brief dès le premier échange, avec le niveau visé et les livrables attendus. Pour un projet qui doit répondre à un cahier des charges public, c’est une information qui change l’écriture, le tournage et le budget.
— Vianney
Faire accompagner votre projet vidéo
Si vous préparez un film d’entreprise, une captation ou un reportage et que vous voulez que l’accessibilité soit prévue dès le brief, vous pouvez nous contacter. Nous intervenons de la conception au tournage et à la postproduction. Retrouvez nos prestations (film corporate, clip vidéo, captation d’évènements, fiction et documentaire, location de matériel) sur la page Services. Les prix sont établis sur devis, selon le projet.
FAQ
Quelle IA peut générer des sous-titres ?
Plusieurs outils de transcription automatique, dont le modèle open source Whisper d’OpenAI, produisent un texte proche d’une retranscription humaine. Les plateformes vidéo proposent aussi leurs propres sous-titres automatiques. Le résultat reste une base : il faut une relecture humaine pour le sens, la synchronisation et les éléments sonores.
Quelle est la différence entre sous-titres classiques et sous-titres SME ?
Les sous-titres classiques retranscrivent ou traduisent les dialogues. Les sous-titres SME, destinés aux personnes sourdes et malentendantes, ajoutent aussi les bruits, la musique, l’identification des locuteurs et suivent des conventions de présentation, parfois avec un code couleur. Pour l’accessibilité, ce sont eux qu’il faut viser.
Les sous-titres sont-ils obligatoires pour une vidéo d’entreprise ?
Cela dépend du cadre. Les WCAG 2.2 les exigent dès le niveau A pour les vidéos pré-enregistrées avec son essentiel, et le RGAA reprend cette logique pour les services concernés. Si votre situation relève d’obligations légales précises (service public, plateforme de médias audiovisuels), demandez conseil à un juriste spécialisé ou consultez l’Arcom.
Comment synchroniser les sous-titres d’une vidéo ?
La plupart des logiciels de montage et des plateformes permettent de caler un fichier (SRT ou VTT) sur la piste son, puis d’ajuster chaque ligne à la main. Vérifiez que le texte apparaît avec la parole et ne coupe pas les phrases en milieu de sens. Faites toujours un dernier visionnage son coupé.
Comment avoir les sous-titres d’une vidéo ?
Si vous êtes l’auteur, générez une transcription, corrigez-la et exportez un fichier de sous-titres à charger sur la plateforme. Si vous regardez une vidéo, activez le bouton de sous-titres du lecteur, quand le diffuseur en a fourni.
Sources
- W3C, Captions/Subtitles
- W3C, Captions (Prerecorded), WCAG 2.2
- W3C, WCAG 2.2
- W3C, Planning Audio and Video Media
- RGAA, Critères et tests
- Taylor Wessing, Access to audiovisual media services under the EAA
- Includio, What the European Accessibility Act means for broadcasters and streaming platforms
- Arcom, Charte relative à la qualité du sous-titrage
- CST, Recommandations techniques RT-028
- Boîte à outils de l’accessibilité numérique du Canada, exigences audio-vidéo
- Boîte à outils de l’accessibilité numérique du Canada, liste de contrôle du sous-titrage

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